Par Mathieu Dehoumon
Avec l'apparition du virus de la grippe aviaire au Nigeria, de nombreuses organisations internationales redoutent la propagation du virus H5N1 en Afrique, notamment en Afrique de l'Ouest. Les effets d'une épizootie seront dévastateurs dans cette région où certains pays sont déjà confrontés à la sous-alimentation.
Au-delà des déclarations d’intention constatant les conséquences néfastes du virus au sein de la population animale - la volaille en l’occurrence – et humaine et une éventuelle mutation de la grippe aviaire en une pandémie de grippe humaine, ce sont des solutions concrètes qu’il convient d’apporter à cette situation en Afrique. C’est justement la raison pour laquelle Joseph Domenech[1] déclare qu’il faut « offrir des incitations économiques aux paysans africains afin qu'ils rapportent immédiatement les cas suspects de grippe aviaire et pour les décourager d'écouler précipitamment leurs volailles sur les marchés »[2]. Il urge d’envisager cette solution car certains producteurs nigérians essayeraient déjà d’écouler leurs volailles au Bénin et dans les autres pays limitrophes du Nigeria.
La situation du Niger est particulièrement préoccupante car une partie de ses frontières jouxte la région du Nigeria touchée par la grippe aviaire. On se rappelle encore la tragédie récemment infligée par la sécheresse aux populations nigériennes dont plus de deux millions de personnes vulnérables souffrent de la faim. Ces dernières pourraient trouver dans une éventuelle « offre gratuite ou promotionnelle de volailles malades », la solution temporairement « salutaire » à l’état de famine.
Il faut craindre ce virus hautement pathogène qui représente une véritable menace pour la santé animale mais surtout pour la santé des populations qui ne mesurent pas forcément les conséquences d’une éventuelle épizootie dans la région.
En Afrique, les volailles sont généralement élevées en basse-cour. Elles sont, la plupart du temps, en contact avec les populations. C’est justement le moyen de contamination le plus probant actuellement observé par les experts à l’échelle internationale. Il est donc à craindre que la contamination ne se propage très rapidement. Pour contrer le virus au Nigeria, les vétérinaires de la FAO ont recommandé aux autorités nigérianes l'abattage des volailles et le contrôle rigoureux des mouvements de personnes et d'animaux dans les zones infectées et en direction des pays voisins.
Source : ONU
[1] Joseph Domenech est le vétérinaire en chef de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), actuellement en mission au Nigeria [2] Communiqué de presse fait à Rome le 17 février 2006