Depuis plus de deux décennies, des jeunes béninois de la Communauté FEU NOUVEAU mènent une action pastorale et humanitaire dans les villages du Bénin. Au-delà de son caractère ecclésial, la vocation de la communauté Feu Nouveau répond à une demande sociale pertinente et préoccupante. Le diocèse de Cotonou est le grand en effectif et mobilise plus d’attention.
Déroulement de l'action
Suivant une organisation très hiérarchisée, les jeunes vont se rendre par centaines (environ 300), en fin d'année académique (Eté), dans un village du diocèse de Cotonou pour vivre ce qui est appelé le "camp-mission". Une fois sur le terrain, les jeunes répartis en équipes de liturgie, de santé, de visite et soutien aux malades, d’animation culturelle (chants, danse, percussions, théâtre), de sonorisation, de cuisine vaquent à leurs occupations selon un calendrier de coordination. Sur la demande de la communauté, une dizaine de jeunes autochtones du village d’accueil rejoignent le camp où ils restent avec les missionnaires tout au long du séjour.
Deux grands moments sont à observer au cours de l'action : un mouvement des missionnaires vers les populations ([i]) dans leur quotidien : c'est l’action humanitaire ; un mouvement de la population vers les missionnaires ([ii]) : c'est ce qu'on peut appeler l'apostolat.
Une action financée sur des fonds propres
L'action des Feux Nouveaux est entièrement financée sur des fonds propres de la Communauté. Ces fonds sont constitués de la participation de 6000 FCFA soit 60 FF ou environ 10 Euros versée par chacun des missionnaires pour couvrir les charges inhérentes à la mission ([iii]). A la fin de la mission, un bilan financier clair et précis est dressé par l'intendant du camp
Conséquences et leçons de l'action
L'action des Feux Nouveaux remet les populations rurales en confiance quant à la possibilité et la capacité de vivre en communauté et en fraternité fondée sur un esprit de partage et de solidarité. Adultes, jeunes comme enfants, elles manifestent, le plus souvent, avant même la fin de la mission, le désir de vivre cette expérience de vie communautaire faite de prière et de partage qu'elles expriment de vive voix et à travers des produits de récoltes qu'elles donnent, par reconnaissance, aux missionnaires. Quant aux missionnaires, ils se sentent souvent transformés par la simplicité et la modicité de conditions de vie dans lesquelles vivent ces populations. Ils prennent ainsi conscience des inégalités sociales entre villes et campagnes.
Dans ce type d'action, les différents acteurs deviennent des canaux de transmission d'un message de fraternité, de solidarité et de convivialité. La courte durée de la mission nécessite en principe un suivi que les missionnaires n'assurent pas toujours bien. Il serait intéressant que cette relecture conduit à mettre en place une structure indépendante mais partenaire de l'action en vue de prendre la relève après le passage des Feux Nouveaux. Ainsi, elle pourra approfondir les différentes questions superficiellement abordées par les missionnaires et développer une approche concrète des droits de l’homme qui réponde aux aspirations de ces populations.
Carte d’identité de la communauté
La Communauté Feu Nouveau est un groupe de prière créé dans les années 70 à Cotonou (paroisse Sacré Cœur) grâce à l’initiative concertée de quelques jeunes sous la responsabilité spirituelle de la sœur Monique ([iv]).
La Communauté FEU NOUVEAU existe dans les villes de Cotonou ([v]), de Parakou et de Porto-Novo. L’organisation géographique du Feu Nouveau divise le diocèse de Cotonou en quatre zones : Rive gauche, Rive droite, Cotonou Ouest, Zone du Lac. Chaque zone est composée de plusieurs paroisses. Chaque paroisse abrite une communauté de base qui se subdivise en Foyers dans les quartiers.
Au plan fonctionnel, la communauté est suivie par son aumônier, le père Delphin Vigan ([vi]) et quelques religieuses dont lasœur Rose-Marie ([vii]). Les Feux Nouveaux sont dirigés par une équipe d’animateurs appelée Equipe diocésaine ([viii]). Le Collège des animateurs ([ix]) se réunit mensuellement pour aider l’équipe diocésaine dans son fonctionnement. Des rencontres telles que la Rencontre trimestrielle ([x]) et la Cité du Monde Nouveau ([xi]) sont des occasions de retrouvailles et des grandes orientations de la communauté.
La vocation de la communauté repose sur trois piliers à savoir : la Prière et l'Eucharistie ; la Formation pour la vie ; le Témoignage et Evangélisation ([xii]).
La préparation à la mission
L’aumônier de la Communauté prend contact avec ses pairs pour recevoir les propositions de villages susceptibles d'accueillir les missionnaires. Il en rend compte à l’Equipe diocésaine et décide avec celle-ci du choix du village d’accueil ([xiii]). Ce village fera l’objet d’une répartition géographique ([xiv]) pour chacune des zones.
Les animateurs de chaque zone se rendent dans leur secteur respectif pour préparer l'organisation pratique ([xv]). Les informations recueillies par les animateurs de zone les orienteront dans le choix des missionnaires à travers des exigences vestimentaires, linguistiques, techniques et spirituelles ([xvi]).
[i] Il s'agit d'aller aider, dans la matinée, les paysans dans leurs champs où ils cultivent, défrichent ou récoltent ; aider au marché les femmes à vendre leurs produits ; aider les transformateurs de produits agricoles dans leur activités ; aider les ménagères dans leur apanage : balayer, faire la vaisselle, la lessive, fendre le bois, préparer le déjeuner ; donner des conseils d'hygiène aux nourrices ; donner des conseils de planning familial ; assister les personnes âgées et les malades en priant avec eux, en leur apportant du réconfort, des médicaments et des vêtements ; aux enfants et aux jeunes, des vêtements, chaussures et sacs d'écolier sont offerts [ii] Il s'agit des grands rassemblements que les missionnaires organisent le soir non dans l'enceinte de l'église du village mais sur la place publique où se tiennent habituellement les réunions du village. Ce choix se justifie par la volonté d'admettre et les chrétiens et les non-chrétiens. Ces rassemblements sont des occasions d'échanges et de partage centrés sur la Parole de Dieu mais confrontés aux réalités ou besoins du village. C'est un forum de discussion où le sujet est posé à travers une représentation théâtrale. Le débat se fait dans des groupes constitués sur place à savoir : les femmes au foyer, les personnes âgées et les hommes mariés, les jeunes (filles et garçons) et les enfants (filles et garçons). Au terme de la discussion, on retient une leçon qui sert de ligne de conduite pour la vie [iii] Les charges de la mission sont entièrement à la disposition des jeunes. Les documents comptables des missions montrent souvent que les charges relatives au transport et à la logistique sont les plus lourdes. Aucune aide, aucune subvention n’est affectée par l’Eglise à cette œuvre. Parfois, les jeunes sollicitent, dans leurs quartiers, le soutien financier de quelques personnes généreuses pour pouvoir participer à la mission. Pour les dons de divers objets aux populations, les jeunes récupèrent d'abord leurs propres affaires qui ne leur servent presque plus et lancent ensuite des appels auprès des personnes nanties de leur paroisse. [iv] La sœur Monique est religieuse d’origine française en mission au Bénin. Elle est à l’origine de la Communauté Feu Nouveau au Bénin et au Burkina Faso. [v] L'effectif de Cotonou avoisine 600 jeunes âgés de 12 à 32 ans. Ils sont pour la plupart des élèves, étudiants, apprentis et jeunes professionnels. [vi] Le père Delphin Vigan est l’Aumônier des Groupes de prière à Cotonou. Cette aumônerie concerne les groupes Feu Nouveau, Renouveau, Emmanuel et Fifaton. En tant qu’aumônier, le père Delphin est le 1er responsable de chacun de ces groupes. [vii] La sœur Rose-Marie est une religieuse d’origine française. Elle assiste l’aumônier pour le suivi de la communauté Feu Nouveau et dans le conseil aux jeunes. Elle est très impliquée dans la vie de la communauté à laquelle elle se dévoue presque entièrement. La sœur Rose-Marie est aidée dans cette mission par d’autres religieuses. [viii] L’Equipe diocésaine est composée des animateurs de zone et de quelques autres frères et sœurs identifiés pour leur dynamisme dans le groupe. Cette équipe, véritable organe exécutif, se réunit mensuellement, avec à sa tête un Animateur Principal qui est le 1er responsable de la communauté après l’aumônier [ix] Le Collège des Animateurs est l’organe de délibération. Il regroupe les animateurs de l’équipe diocésaine, les animateurs de communautés de paroisses et les modérateurs (responsables des foyers dans les quartiers).Ce collège se réunit aussi mensuellement [x] La Rencontre trimestrielle fait office d’Assemblée générale où tous les animateurs, les frères et sœurs de tout le diocèse se réunissent pour réfléchir et discuter autour d’un thème, partager le pique nique et faire mieux faire connaissance [xi] La Cité du Monde nouveau est un autre rassemblement qui réunit tous les diocèses du Bénin, du Togo, du Burkina Faso, et d’ailleurs. C’est également une occasion de réflexion, de partage et de découvertes riches et variées. Cette rencontre a lieu tous les deux ans d’un diocèse à un autre, d’un pays à un autre. [xii] Le témoignage ici, c’est l'expression, l'extériorisation, la manifestation sinon la mise en pratique de toute l'expérience de fraternité et de spiritualité vécue au cours de l'année. L'objectif n'est pas de faire une évaluation mais de confronter les jeunes de la ville aux réalités et difficultés d'ordre social, économique et religieux que vivent les populations des zones rurales [xiii] Au terme d’une mission d'investigation et de recherche d'informations dans la localité choisie, ceci en collaboration avec le Curé de la paroisse locale, les animateurs diocésains portent à la connaissance des Animateurs et Modérateurs réunis en Collège des animateurs, le choix du village et quelques débuts d’informations caractéristiques de la localité. [xiv]La localité est scindée en quatre secteurs selon son étendue, la distance entre les agglomérations la composant et l'effectif de sa population. Les missionnaires de chaque zone camperont alors dans le secteur qui leur est affecté. [xv] Il s’agit d’aborder les questions de détails telles que : lieux de campement, de grands rassemblements, besoins de la population en toutes matières (religieuse, scolaire, sanitaire, etc.) [xvi] Il est exigé des missionnaires un habillement simple, traditionnel et de peu de valeur. Par exemple, le port de pantalon, de mini-jupe, de robe courte, les coiffures extravagantes, les maquillages sont déconseillés aux filles. Quant aux garçons, interdiction leur est faite dans le port de short, de pantacourt, de cravate, de costumes, de boubou, etc. L'autre critère de sélection des missionnaires est la capacité à s'exprimer en langue locale qui est la langue de la mission. Les Animateurs repèrent dans le groupe les personnes qui ont des aptitudes techniques de par leur formation ou leur profession, celles qui ont des talents en matière de mise en scène, d'animation de groupes, de percussions, de célébrations liturgiques, etc.