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Bénin : Les syndicats, les travailleurs, l’Etat et le « changement »

Par Adrien AHANHANZO-GLELE 
Ingénieur Agronome,
 
Les syndicats sont perçus au Bénin comme un épouvantail. Il n’y a aucun gouvernement qui voit et traite le syndicat comme un « partenaire responsable et respectable », qui pourrait faciliter les tâches de la gouvernance... « Le malentendu permanent » est la marque dominante des relations existant entre le gouvernement et le syndicat. Voilà ce qu’on doit retenir de la pratique et de l’observation courantes. Pourquoi les choses en sont-elles ainsi ? A cause probablement de la mauvaise gouvernance permanente qui fit que les données les plus élémentaires échappent à la plupart des gouvernants comme si ces dames et ces messieurs qui entourent le Président de la République ne savaient même pas pourquoi ils étaient nommés : il est arrivé souvent qu’en pleine crise sociale, l’on soit étonné et révolté d’entendre les Etudiants ou les syndicats se plaindre de choses tellement banales qu’on ne comprend pas ce qu’ils fabriquent dans certains cabinets ministériels... Naturellement lorsque la pression devient forte et que les populations de plus en plus informées donnent leur sympathie aux Syndicats ou aux Etudiants en mouvement, le gouvernement lâche du lest et accorde ce qu’ils demandent aux protestataires... Cela a sans aucun doute fini par convaincreles syndicats « qu’ils n’auront rien du gouvernement sans l’arracher de haute lutte ».
 
Cela est-il vrai de tous les gouvernements ? Les syndicats semblent le croire, convaincus qu’ils semblent être que « lorsqu’on a été mordu par le serpent, l’on doive se méfier des vers de terre »...
 
Et pourtant, cela ne devrait pas être toujours ainsi, cela ne devrait en tous cas pas être vrai de tous les gouvernements. Et même d’un mauvais gouvernement, il y a des moments où les syndicats doivent « sentir » les dangers...
J’étais en prison en 1982 à Porto-Novo, et il m’arrivait de recevoir la visite de l’un de mes neveux, membre très actif du syndicat de la SONIAH, Société Nationale des Industries Agricoles et Hydrauliques responsable de la culture du riz dans la vallée de l’Ouémé. L’Entreprise était en difficultés, et le syndicat ne voulait rien comprendre : « il fallait que les salaires et autres émoluments des travailleurs fussent revalorisés... » Quand il m’arrivait d’interroger mon visiteur sur la santé de la SONIAH, il me répondait presqu'avec arrogance qu’il fallait que les Patrons se débrouillent pour les payer... Moi qui suivais les choses de loin et qui connaissais l’état de déconfiture de l’Etat, des Entreprises d’Etat, y compris des Sociétés Provinciales créées partout, en dépit du bon sens, afin de placer les amis, je savais la faillite proche et je m’inquiétais :
 
« IL N’Y A PAS DE TRAVAILLEURS S’IL N’Y A PAS DE TRAVAIL : QU’ADVIENDRAIT-IL SI LA SONIAH ETAIT DECLAREE EN FAILLITE OU FERMEE » ?
 
Ma question est restée sans réponse satisfaisante... jusqu’au jour où mon fils est venu m’annoncer que l’entreprise avait fermé ses portes et qu’ils étaient tous licenciés sans aucun droit !
 
La révolution, elle, ne met pas des gants... mais les régimes démocratiques ne dédaignent pas la palabre... jusqu’à la limite de l’indécence... Et nous assistons depuis quelques semaines à des agitations syndicales qui nous laissent rêveurs et inquiets lorsque nous pensons à la situation budgétaire et financière de notre pays il y a à peine huit mois ! DEPUIS QUAND L’ETAT QUI ETAIT SI PAUVRE, SI DEMUNI AU POINT DE NE PAS POUVOIR ORGANISER LA SI PRECIEUSE ELECTION PRESIDENTIELLE DE MARS 2006, A-T-IL PU ACCUMULER ASSEZ DE RESSOURCES FINANCIERES POUR FAIRE FACE A TOUTES CES REVENDICATIONS, AUSSI JUSTIFIEES SOIENT-ELLES ? Et elles sont sûrement justifiées !
 
Moi je dis qu’il y a une certaine indécence, une certaine irresponsabilité à voir des Enseignants, des Educateurs, dans un système scolaire en déconfiture, arrêter le travail et les examens en cours dans le secondaire pour acculer un pauvre gouvernement qui vient à peine de s’installer, qui a hérité d’une situation socio-économique catastrophique et qui gère tant bien que mal le quotidien tout en continuant un état des lieux qui nous révèle des gouffres auxquels la plupart de ces messieurs ont participé...
L’on donne l’impression de ne même pas réaliser dans quelle funeste situation le Bénin et les Béninois se trouvent. Peut-être les enseignants s’imaginent-ils que Boni YAYI est le seul qui doive « changer » pour la rédemption du Bénin et que de ses nombreux voyages que beaucoup lui reprochent, il a dû ramener beaucoup d’argent à distribuer en priorité aux bouches ouvertes pour cause de faim !...
 
Il n’est pas inutile de rappeler aux syndicats ce qu’ils savent parfaitement, à savoir que notre budget est essentiellement fiscal et que c’est la production seule qui doit améliorer notre croissance, donc les disponibilités d’action positive du gouvernement.
 
Et puis surtout, les syndicats doivent eux aussi montrer l’exemple et le chemin du « Changement », et choisir une autre forme d’action que l’arrêt de travail qui pénalise les usagers de l’Ecole ou de l’Administration, sans qu’il y ait forcément une grande visibilité de la syndicalisation des travailleurs.
 
Le « Changement » ne peut pas venir du seul Chef de l’Etat ou du seul gouvernement. Et il n’y a aucune revendication syndicale qui relève aujourd’hui d’une situation de la mauvaise gestion du gouvernement actuel : tout le Bénin, les travailleurs et les syndicats en tête, doivent travailler à l’assainissement des mœurs, des méthodes, des stratégies, du travail de l’Administration. Dans tout ce tintamarre je n’ai jamais entendu prononcer le mot « MORATOIRE », ni de la part des syndicats, ni de la bouche du gouvernement : or, en l’état de notre pays, de ses mœurs, de ses finances publiques, de la structure de certains chantiers essentiels dont l’Education, on doit, en citoyens responsables et respectables, convenir d’un MORATOIRE, qui doit permettre aux actions d’assainissement de se réaliser avec le sérieux et la sérénité indispensables, en même temps que les revendications sont toutes mises à plat, secteur par secteur, et un chronogramme de satisfaction doit programmer la liquidation. Le spectacle de certaines manifestations et déclarations syndicales est affligeant, et le monde du travail ne mérite pas ça.
 
Enfin, l’on a l’impression que les fruits de l’assainissement et le surcroît des ressources dû à la meilleure gouvernance, doivent alimenter prioritairement la corbeille des revendications salariales, au mépris des actions de développement productif qui seules, créent richesses, emploi, et améliorent le taux de croissance.
 
Nous voulons être fiers de tout ce qui porte le label Bénin, et avec une classe politique déliquescente et sans grandes ambitions et visions nationales, les syndicats constituent une alternative politique avec laquelle personne n’a le droit de jouer : beaucoup d’entre nous n’ont pas d’autres patries que le Bénin, il faut nous aider à le protéger et à le parfaire.
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