Un témoignage de Maurice GRIOT
Le Forum Social Mondial Polycentrique de Bamako a rassemblé, au Mali, environ 20 000 participants, dont 10 000 Maliens, du 19 au 23 janvier 2006.
C’est le premier rassemblement des mouvements populaires africains : les agriculteurs du Mali, les délégués des diverses associations de ce pays étaient nombreux pour affirmer qu’ « un autre monde est possible ». Surtout la participation importante des femmes a frappé par son ampleur, tous les observateurs. Pendant 3 jours plus de 600 débats et ateliers ont permis aux participants d ‘échanger leurs expériences, d’élargir les horizons de leurs actions et d’insérer librement leurs propositions.
Nos amis africains ont su montrer leur dynamisme et leur militantisme pour construire un nouvel ordre social, économique et démocratique, une société plus juste et solidaire. Ainsi s’exprimaient-ils :
« Agriculteurs d’Afrique, nous sommes des sujets et non pas des instruments. Globalisons la lutte, mondialisons l’espoir. Ici les paysans constituent la majorité électorale, réclamons à nos gouvernants l’orientation de l’agriculture vers les besoins de nos pays », affirmait Ibrahima, délégué des AOPP, que nous avions reçu dans l’Isère en 2004.
Pour l’ONG Afrique Verte, partenaire du CCFD : « Le Sahel peut nourrir le Sahel ».
Une malienne, animatrice d’une petite coopérative : « Nous nous donnons toutes le même salaire, même si l’une d’entre nous va accoucher. Nous sommes sociales et humanitaires. »
Et sur un sujet d’actualité, largement évoqué : « Non à l’émigration choisie, qu’on nous propose, au service de l’économie du Nord. Cela va encore vider nos pays de ses cerveaux. »
Le CCFD, dont j’étais membre de la délégation à Bamako, a invité au Forum et financé le voyage de 38 partenaires d’Afrique et du monde, pour encourager leur travail en réseaux et renforcer le dialogue entre eux et leurs engagements dans la société civile de leur pays. Même si le continent africain rencontre d’énormes difficultés, trop souvent imposées par les pays du Nord, je rentre davantage persuadé que les gens du Sud ont beaucoup de bonnes idées à nous faire partager.
Source : Année 2006, n°1 2006, p. 2